Pourquoi je garde le travail sur un téléphone séparé
J’ai bien Slack sur mon téléphone personnel, mais pas pour le travail.
Nous utilisons actuellement Slack en famille, donc supprimer complètement l’application n’est pas envisageable. Le problème, c’est que placer mon espace familial et mon espace professionnel côte à côte rendrait la tentation de consulter le travail presque irrésistible.
Je me connais. J’ouvrirais Slack pour lire un message de ma famille, je remarquerais quelque chose dans l’espace professionnel et finirais par le consulter aussi. Ou je prendrais mon téléphone pour parcourir X, chercher une nouvelle voiture que je n’achèterai jamais, ou faire quelque chose de vaguement constructif, avant de me retrouver malgré tout au travail.
Même un coup d’œil de trente secondes peut ramener dans mon esprit, pour toute la soirée, un problème non résolu ou une conversation difficile.
Le travail vit donc sur un deuxième téléphone.
J’utilise un ancien iPhone SE de 2020, qui reste normalement sur la station de recharge familiale. Pendant la journée, je peux l’emporter lorsque je suis loin de mon ordinateur. Lors des rares soirées ou week-ends où quelque chose exige réellement mon attention, je peux aller le chercher.
L’essentiel est que le travail ne me suive pas par défaut.
En tant que cadre en France, mon métier ne consiste pas vraiment à compter un nombre fixe d’heures. Il s’agit d’assumer des responsabilités et de faire avancer le travail. J’accepte que cela demande parfois de la souplesse. Mais cette souplesse doit fonctionner dans les deux sens. Pouvoir répondre lorsque c’est nécessaire ne signifie pas transporter le travail partout et tout le temps.
Cela me vient peut-être plus naturellement parce que j’ai passé la majeure partie des années 2010 sans smartphone. J’ai gardé un BlackBerry pendant quelques années, jusqu’en 2012, puis je n’ai plus possédé de smartphone avant 2020, lorsque j’ai finalement cédé et acheté un Moto G. Je suis passé chez Apple en août 2021 avec un iPhone SE original de 2015.
Pendant des années, avoir Internet en permanence dans ma poche n’était tout simplement pas normal pour moi. Je ne crois toujours pas que chaque aspect de ma vie doive partager le même appareil.
Le téléphone professionnel est aussi réellement utile pour les tests. Je peux y installer des versions TestFlight, conserver plusieurs navigateurs et comptes configurés, et expérimenter sans remplir mon téléphone personnel d’applications professionnelles, de cookies et d’historique de navigation.
Cela me rappelle le laboratoire d’appareils que j’avais été chargé de mettre en place chez FanDuel pour les développeurs frontend. J’avais organisé et entretenu une collection de téléphones et de tablettes, anciens comme récents. C’était toujours amusant — et véritablement pratique — de prendre un appareil réel et de voir ce que le produit donnait concrètement.
Les simulateurs ont leur place, mais ils ne reproduisent pas tout à fait un téléphone lent, un petit écran, un ancien navigateur particulier ou un appareil qui peine sous le poids d’une application moderne. Il fallait être là, sans doute.
Utiliser un ancien téléphone est donc une fonctionnalité, pas un compromis. Mon iPhone SE donne une approximation correcte de l’expérience dégradée que certains utilisateurs rencontrent. Les problèmes de performance et les interfaces à l’étroit sont bien plus difficiles à ignorer sur un téléphone vieux de six ans que sur le dernier modèle haut de gamme.
Je ne paie ni deuxième carte SIM ni forfait mobile supplémentaire. Lorsque j’ai besoin d’une connexion loin du Wi-Fi, je partage celle de mon téléphone personnel.
Il y a également un avantage en matière de sécurité. La plupart du temps, lorsque je quitte la maison, les données de l’entreprise et les comptes professionnels restent sur place. Perdre mon téléphone personnel serait toujours pénible, mais cela ne signifierait pas aussi perdre un appareil rempli d’applications professionnelles.
Je ne prétends pas que tout le monde a besoin de deux téléphones. Pour moi, les modes de concentration et les réglages de notifications sont trop faciles à contourner. Ils ne résolvent pas non plus le fait que la même application Slack contient à la fois ma famille et mes collègues.
Une frontière physique fonctionne mieux.
Lorsque je laisse le téléphone professionnel sur mon bureau, j’ai délibérément arrêté de travailler. Le travail reste accessible lorsqu’il le faut vraiment, mais il ne vit pas dans ma poche.